Conte et Chant de Jacques Newashish
de la Nation Itakumekw

Dans la page précédente, je vous ai parlé de Jacques, conteur et joueur de tambour. Ses contes et légendes ne sont pas écrits. Il m'a dit ne pas souhaiter qu'ils soient diffusés à tous vents et dans n'importe quel contexte, ce qui est bien compréhensible et nous devons respecter cette idée.

Toutefois, je ne pense pas le trahir en mettant sur cette page un de ses contes que j'ai retenu de mémoire. Il s'agit de l'histoire du petit oiseau qui avait les ailes cassées...

J'accompagne cette page d'un chant de Jacques qui l'a composé en l'honneur de son fils : Cogobi qui a maintenant 11 ans et qui veut dire Sapin (vous comprendrez à la fin de l'histoire pourquoi j'y associe ce chant). Le tambour de Jacques à le même âge que son fils.

Je vous laisse découvrir ce très joli conte...

Le Petit Oiseau

Cela se passe au Canada, au Québec, il y a très très longtemps.

L’automne était déjà bien avancé… Il commençait à faire froid… très froid…

Un petit oiseau qui devait retourner dans des contrées plus chaudes se retrouva les ailes cassées…

Il ne pouvait plus voler… Alors, en sautillant il se retrouva dans une grande forêt… La neige commençait à tomber drue… Il voulait demander un refuge aux arbres pour passer l’hiver se réchauffer et se soigner.

Chemin faisant, il rencontra un tremble. Il lui dit : « Kwei kwei, je voudrais trouver refuge dans tes branches afin de passer l’hiver, car vois-tu, j’ai les ailes cassées et je ne peux pas retourner chez moi et j’ai besoin de me soigner ».

Le tremble lui répondit : « Je ne peux pas, tu vas salir mes branches et mes feuilles alors vas-t-en, je n’ai pas besoin de toi. Vas-t’en ».

Alors, le petit oiseau s’en alla sautillant, il y avait de plus en plus de neige et il avait froid… de plus en plus froid.

Il rencontra un bouleau et lui dit : « Kwei kwei, je voudrais trouver refuge dans tes branches afin de passer l’hiver, car vois-tu, j’ai les ailes cassées et je ne peux pas retourner chez moi et j’ai besoin de me soigner ».

Le bouleau lui répondit : « Je ne peux pas, tu vas salir mes branches et mes feuilles alors vas-t-en, je n’ai pas besoin de toi. Vas-t’en ».

Le petit oiseau avait de plus en plus froid et de plus en plus de mal à sautiller dans la neige épaisse mais il continua son chemin.

Il rencontra alors un érable qui à cette époque de l’année avait de belles feuilles rouges et il lui dit : « Kwei kwei, je voudrais trouver refuge dans tes branches afin de passer l’hiver, car vois-tu, j’ai les ailes cassées et je ne peux pas retourner chez moi et j’ai besoin de me soigner ».

L’érable lui répondit : « Je ne peux pas, tu vas salir mes branches et mes belles feuilles alors vas-t-en, je n’ai pas besoin de toi. Vas-t’en ».
Le petit oiseau continua, de plus en plus épuisé. La neige, le froid, le vent du nord…

Alors, il rencontra un mélèze, il avait de belles épines bien chaudes et il lui dit : «Kwei kwei, je voudrais trouver refuge dans tes branches afin de passer l’hiver, car vois-tu, j’ai les ailes cassées et je ne peux pas retourner chez moi et j’ai besoin de me soigner ».

Le mélèze lui répondit : « Je ne peux pas, tu vas salir mes branches et mes belles épines alors vas-t-en, je n’ai pas besoin de toi. Vas-t’en ».

Le petit oiseau était désespéré… S’il ne pouvait s’abriter et se réchauffer, il allait mourir de froid et de faim, il avança encore un peu et se reposa au pied d’un grand arbre, c’était un sapin. Mais il ne demandait rien car les réponses des autres arbres de la forêt l’avaient découragé.

A un moment donné, il commençait à s’endormir en pensant qu’il n’allait pas se réveiller et qu’il allait rejoindre le Créateur, il entendit une voix qui lui disait : " Que fais-tu là, petit oiseau, tu m’as l’air bien mal en point ? " C’était le sapin qui lui parlait.

«Kwei kwei Sapin, je voulais trouver refuge dans les branches d’un arbre de la forêt afin de passer l’hiver, car vois-tu, j’ai les ailes cassée et je ne peux pas retourner chez moi et j’ai besoin de me soigner mais, pas un arbre n’a voulu de moi. Je crois que je vais mourir ici ».

Le sapin lui répondit : « Montes vite dans mes branches épaisses, abrites toi et réchauffes toi. Je vais soigner tes ailes avec ma sève et tu pourras attendre le printemps. ».

Alors le petit oiseau grimpa du mieux qu’il put et se blottit au cœur du sapin. Le sapin soigna ses ailes et l’hiver passa.

Le printemps arriva et le petit oiseau se sentait bien, il avait repris des forces grâce au sapin. Mais il était temps pour lui de retourner vers le sud.

Alors il dit au sapin : « Sapin, je te remercie de m’avoir abrité et soigné mais l’heure est venue pour moi de partir vers le sud pour retrouver ma famille. Avant de te quitter, je t’ai fait en cadeau que tu découvriras au prochain automne ». Et il s’envola vers le sud…

L’automne arriva et il se passa une chose étrange dans la forêt qui n’était jamais arrivé :
· Le tremble fut le premier à perdre ses feuilles
· Ensuite vint le tour du bouleau
· Puis celui de l’érable qui perdit ses belles feuilles rouges
· Et enfin du mélèze qui pourtant lui aussi avait de belles épines rouges
· Quant au sapin, il fut le seul à garder des belles et chaudes épines vertes

Et depuis ce temps là, tous les arbres de la forêt perdent leurs feuilles en automne sauf le sapin.

A méditer...